Constructivisme imaginaire 2026

La série Constructivisme imaginaire de Sébastien Boffredo illustre une démarche profondément conceptuelle où la photographie dépasse la simple représentation pour devenir un outil de transformation et de réinvention du réel. New York, sa verticalité et sa densité architecturale, est déconstruite et recomposée par un dispositif de symétrie, dédoublement et fragmentation, brouillant les frontières, entre figuration et abstraction.

L’imaginaire est au cœur de cette série : chaque image engage le spectateur dans une expérience perceptive où haut et bas, réel et fiction, intérieur et extérieur se confondent. La symétrie n’y crée pas l’harmonie classique, mais une tension visuelle et cognitive : les repères spatiaux disparaissent, les perspectives s’inversent, et le spectateur est invité à recomposer mentalement la ville. La ville devient ainsi un laboratoire mental, un espace où la photographie devient matière plastique et poétique, révélant la capacité de l’artiste à inventer des architectures imaginaires tout en restant ancrée dans le réel.

La manipulation de la perspective joue un rôle fondamental. Les axes sont multipliés, les lignes se croisent, les points de fuite sont redéfinis : chaque tirage devient un objet autonome, presque sculptural, où l’espace urbain se réinvente à chaque regard. Cette démarche met en évidence la dimension cognitive et imaginative de la perception, transformant la lecture de la ville en expérience active et réflexive.

Le choix du procédé Vandyke sur papier japonais renforce cette dimension conceptuelle et sensorielle. La technique ancienne apporte une temporalité mémorielle, contrastant avec l’immédiateté des images numériques contemporaines. Le papier japonais, fin et légèrement translucide, confère aux images une texture vivante et fragile, où la lumière semble traverser la matière.

B.R.

Dark steel 2025

Dans la série Dark Steel, Sébastien Boffredo engage un déplacement décisif de son approche photographique. Délaissant les territoires sociaux et urbains qui structuraient ses travaux antérieurs, il investit ici un champ résolument plastique, où le réel industriel ne constitue plus un sujet en soi mais le point de départ d’une écriture formelle rigoureuse. L’acier cesse d’être objet de représentation pour devenir matière visuelle, médium à part entière d’une recherche sur la tension, la densité et la structure.

La série s’organise autour d’un vocabulaire volontairement restreint : poutres, lignes de force, intersections, masses métalliques. Ces éléments, récurrents, ne visent pas à décrire mais à construire. Le cadre, souvent saturé et sans échappée, impose au regard une circulation contrainte. L’œil ne s’évade pas ; il se heurte, glisse, revient, pris dans un réseau de forces internes qui régissent l’image. Cette mise sous tension du regard constitue le véritable enjeu de Dark Steel : une expérience perceptive où la composition agit comme un dispositif de retenue et de compression.

Dans ce processus, le réel industriel subit une forme de défiguration. Boffredo ne documente pas l’industrie ; il en neutralise les fonctions et en dissout les repères. Les structures deviennent difficilement identifiables, presque abstraites, détachées de leur finalité utilitaire. Ce geste de désactivation ouvre un espace où la forme prime sur l’usage, où la matière se libère de sa charge descriptive pour devenir pure intensité visuelle.

Les noirs, profonds et parfois opaques, s’opposent à des blancs métalliques d’une netteté tranchante, tandis que la gamme de gris se resserre jusqu’à produire des contrastes abrupts. L’image refuse tout apaisement : elle demeure instable, tendue, presque conflictuelle.

B.R.

Water tanks 2025


Presque rien — mais ce rien devient sujet.

Avec Water Tanks, Sébastien Boffredo isole un motif banal du paysage new-yorkais — les réservoirs d’eau — pour en faire une forme autonome, détachée de toute fonction et de tout contexte. Par un geste de réduction radicale, l’objet est dépouillé jusqu’à sa seule présence : un volume, une surface, une masse.

La photographie ne documente plus la ville, elle la suspend. Privées de narration et d’inscription urbaine, ces structures deviennent des images closes, qui n’indiquent plus rien d’autre qu’elles-mêmes. La frontalité du cadrage, rigoureuse et sans échappée, impose une relation directe, presque contraignante au regard.

Avec Water Tanks, il ne reste presque rien — et c’est précisément ce reste qui fait image.

B.R.