



















La série Constructivisme imaginaire de Sébastien Boffredo illustre une démarche profondément conceptuelle où la photographie dépasse la simple représentation pour devenir un outil de transformation et de réinvention du réel. New York, sa verticalité et sa densité architecturale, est déconstruite et recomposée par un dispositif de symétrie, dédoublement et fragmentation, brouillant les frontières, entre figuration et abstraction.
L’imaginaire est au cœur de cette série : chaque image engage le spectateur dans une expérience perceptive où haut et bas, réel et fiction, intérieur et extérieur se confondent. La symétrie n’y crée pas l’harmonie classique, mais une tension visuelle et cognitive : les repères spatiaux disparaissent, les perspectives s’inversent, et le spectateur est invité à recomposer mentalement la ville. La ville devient ainsi un laboratoire mental, un espace où la photographie devient matière plastique et poétique, révélant la capacité de l’artiste à inventer des architectures imaginaires tout en restant ancrée dans le réel.
La manipulation de la perspective joue un rôle fondamental. Les axes sont multipliés, les lignes se croisent, les points de fuite sont redéfinis : chaque tirage devient un objet autonome, presque sculptural, où l’espace urbain se réinvente à chaque regard. Cette démarche met en évidence la dimension cognitive et imaginative de la perception, transformant la lecture de la ville en expérience active et réflexive.
Le choix du procédé Vandyke sur papier japonais renforce cette dimension conceptuelle et sensorielle. La technique ancienne apporte une temporalité mémorielle, contrastant avec l’immédiateté des images numériques contemporaines. Le papier japonais, fin et légèrement translucide, confère aux images une texture vivante et fragile, où la lumière semble traverser la matière.
B.R.















